MARCELO
NEGROMONTE
Éditeur de Divertissement et Art
L'auteur français Lolita Pille, 21 ans, a connu un succès éditorial en 2002 quand elle a lancé dans son pays "Hell", son premier roman. Durant les six premiers mois, 40.000 personnes ont acheté l'histoire du personnage-titre, alter-ego de l'auteur, aussi riche que vide, aussi jeune que prodigue, aussi futile que droguée.
Lancé au Brésil en décembre par la nouvelle maison d'édition Intrinsèque, "Hell" a gagné le sous-titre "Paris-75016", dont les chiffres sont le code postal du 16ème arrondissement, le quartier le plus élégant de Paris, où vit Hell.
Hell est une fille de moins de 20 ans dont la vie est remplie de visites quotidiennes dans les boutiques de luxe des son voisinage, comme Dior, Hermès, Prada, Gucci ou Colette, les bars et restaurants d'hôtels cinq étoiles pour y boire du champagne rosé avec ses amis et ensuite se rendre au carré VIP de boites de nuit comme le Queen, accompagnée d'amis possédant Ferrari, BMW et Bentley. D’éventuelles orgies avec cocaïne, ecstasy et amis (ou non) millionnaires sont inclues dans ce quotidien.
"Sois belle et consomme" est le credo de Hell, pétasse auto déclarée, comme ses amis. "Nous mêlons l’alcool à la beu, la beu à la coke, la coke aux ecstas ; les mecs baisent les putes sans capotes et jouissent ensuite dans les copines de leurs petites soeurs, qui se font de toute manière partouzer du soir au matin. Nous sommes en plein délire ".
Lolita écrit sur son monde avec cynisme et sans modestie. Elle divise le monde entre "Nous", les très riches, et "Vous", le reste, et dit que les membres de la tribu "Gucci Prada" comme Hell sont une génération perdue. "Ils ne savent pas ce que sera l'avenir, ils vivent une vie sans aspirations parce qu'ils ont déjà tout et davantage", a dit Lolita par téléphone de sa résidence dans la 8ème, un quartier aussi élégant que la 16ème (les Champs Elysées sont leur point commun), avec des différences subtiles que seuls leurs habitants savent identifier.
Ci-dessous l'entrevue avec l'auteur Lolita Pille, qui a écrit "Hell" à 18 ans et en a maintenant 21 : "Boire c'est ma profession" :
Le succès de
ventes que "Hell" a atteint en France a-t-il été une
surprise pour toi ?
Ca l’a été et ça ne l’a pas été.
Le livre est facile de lire, est amusant et possède un sujet attrayant,
principalement parce qu'en France les personnes ont des problèmes à composer
avec la richesse, la jeunesse et le fait de dépenser beaucoup d'argent.
"Hell" est
un livre confessionnel ? Que contient-il de réel ?
L’ambiance du livre est réelle, les lieux, la manière d'agir
des personnes etc. Hell est une partie de moi, mon côté plus sombre,
elle va au fond des situations. Comme elle, je suis à moitié maniaque,
folle, arrogant, snob - les personnes me considèrent comme rude. Mais
je ne suis pas aussi riche qu'elle, je suis un auteur fille de père
architecte et de mère secrétaire, qui paye un loyer dans la 8ème.
L'avortement de Hell m’est arrivé, tel que décrit dans
le livre (sa mère la laisse dans une clinique, va travailler, et Hell
sent que sa vie n’est rien devant d'un magasin Baby Dior de l'avenue
Montaigne). L'orgie s’est aussi déroulée (dans une chambre
du luxueux hôtel Ritz). Mais je n'ai pas jamais eu d’ami qui soit
mort dans un accident de voiture.
Pourquoi as-tu
décidé d'écrire un livre sur cela ?
Pourquoi pas. Parce que ma génération est perdue. La jeunesse
riche est un problème... Tu as tout ce que tu veux très vite.
Pendant toute la ma vie j'ai eu une télécommande dans les mains
pour n'importe quoi - même pour allumer la lumière de la maison
! Et, en vérité, personne n'a le contrôle de sa propre
vie, c'est une illusion de contrôle. Quand j’aurai 30 ans, je veux
avoir fait des choses dont je puisse être fière, et ce livre fait
partie de cela.
Qu’est-ce
qui a changé dans ta vie après "Hell" ?
Le livre a réellement ouvert mes yeux sur ce que je fais de ma vie.
J'ai rencontré des personnes intéressantes et je fréquente
d’autres endroits aujourd'hui. Par exemple, j'ai complètement
arrêté d'aller en boite. Ce que j'ai écrit sur cette vie
nocturne dans le livre est un vomi. Aller en boite est une activité pour
laquelle tu payes et ne reçois rien dans échange. Aujourd'hui
je vais plus dans des bars. Dans les clubs tu regardes, dans des bars tu parles
et tu entends. De plus, j'écris le manuscrit de l'adaptation de "Hell" pour
le cinéma, qui sera dirigé par Bruno Chiche.
Dans le livre
il y a des citations à Georges Bataille et à Charles Baudelaire.
Quels sont tes auteurs préférés ?
J’aime beaucoup les auteurs de la génération beat ; je
lis en ce moment "Sur la Route", de Jack Kerouac. J’aime aussi
Charles Bukowski, William Burroughs, Balzac, Ernest Hemingway, Marcel Proust. "A
la recherche du temps perdu", de Proust, est mon livre favori.
Et cela est aussi un cliché...
Tu tends encore à sortir à la
nuit. Tu aimes les musiques que tu rencontres ?
Pas beaucoup. Je préfère Radiohead, Leonard Cohen, Lou Reed et
ce groupe de Londres qui fait succès, les White Stripes, je les adore.
Mais le Whites Stripes
sont de Detroit, ville de Madonna, Eminem...
J’aime aussi Eminem, tu sais. Il est également rebelle. Il manque
quelqu'un avec autant de rage en France pour secouer tout cette académie
estudiantine.
Quand sortira
le second livre et de quoi s’agit-il ?
Je finis de l'écrire, il doit sortir courant avril ou mai. Le titre
provisoire est "Bubblegum", mais mon éditeur a déjà beaucoup
de titres en anglais, et tu sais, sommes en France... Le livre raconte l'histoire
d'une fille qui vit en province et monte à Paris à la recherche
de la renommée. Cela peut paraître normal, avec ces programmes
de TV, comme "American Idol", "Big Brother" etc., mais
quelqu'un qui part pour Paris à la recherche de la renommée,
seulement pour devenir célèbre sans aucune raison, c’est
choquant et déplorable.